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Des médias trop gentils pour être crédibles

Interrogée à la radio romande fin mai, Micheline Calmy-Rey s’est montrée critique sur le comportement des médias pendant la crise du coronavirus. Notamment à l’égard du service public, à qui elle a reproché l’indigence de ses programmes (gavés de séries américaines de second ordre) et sa tendance à souffler sur la braise plutôt qu’à rassurer les populations inquiètes.
On ne saurait trop lui donner raison. On se demande bien pourquoi les médias publics payés par la redevance n’ont pas bondi sur l’occasion pour voler au secours de la culture locale brutalement mise au chômage en proposant des programmes du cru plutôt que des séries importées. Occasion ratée de manifester une solidarité concrète avec les acteurs locaux, alors qu’on brocardait à l’antenne les effets néfastes des délocalisations…
Reconnaissons toutefois que, pendant les deux ou trois premières semaines, journaux, radios et TV ont bien réagi. Surpris par la violence du choc, ils ont cherché, enquêté, multiplié les angles d’attaque et les points de vue, interrogé les experts sans préjugé, faute d’avoir un avis préétabli sur la question. Et le public, anxieux et avide de savoir, a suivi. Les audiences ont bondi, ce qui a permis à chacun de se taper sur le ventre.
Mais toutes ces belles dispositions n’ont pas tardé à partir en vrille. On a ainsi eu droit à d’interminables semaines de nouvelles catastrophistes, de décomptes morbides, de photos d’hôpitaux submergés, de tweets paniquants, de déclarations d’experts alarmistes, qui ont tout sauf aidé le public et les autorités politiques à demeurer serein. Puis on a eu droit à la ridicule campagne contre le virus « chinois », les laboratoires de Wuhan et contre l’OMS, dans le sillage de la propagande trumpienne. La presse établie s’est mise à dégommer la Chine et exiger des comptes. (Tiens, on n’en parle presque plus depuis dix jours. Mais ce n’est que partie remise…)

Puis a surgi la non moins affligeante controverse sur la chloroquine et le fameux docteur Raoult, cloués au pilori par l’establishment sanitaire et ses zélotes médiatiques, alors que les sites favorables au professeur marseillais atteignaient des pics d’audience inouïs sur les réseaux sociaux. Tout cela au nom de la « déontologie ». Le sommet du pseudo-débat a sans doute été atteint par cette émission de Forum au cours de laquelle quatre journalistes nous ont expliqué pourquoi il ne fallait pas donner la parole à l’anthropologue genevois Jean-Dominique Michel, « parce que son CV n’était pas suffisant » (alors qu’il l’avait été lors de la crise du H1N1 en 2009 !) et que ses propos en faveur de la chloroquine laissaient entrevoir de dangereuses prédispositions au « complotisme ». Il n’y eut finalement que Léman Bleu pour sauver l’honneur et organiser un débat contradictoire - et d’ailleurs fort instructif et courtois – entre lui et le professeur Didier Pittet. (On notera à ce propos que The Lancet vient d’émettre une alerte sur les conclusions de son propre papier sur ce sujet !)
« Complotisme ! » Le mot était lâché. Alors que la pandémie refluait, on a eu droit à de savantes analyses et « enquêtes » sur le complotisme. Avant-hier, pour discréditer quelqu’un, on le traitait de communiste. Peu importait que cela fût vrai, le malheureux portait l’opprobre infamante comme une étoile jaune : il était interdit d’accès aux médias. Puis, avec la chute de l’Union soviétique, l’étiquette a changé : toute pensée dissidente fut impitoyablement pourchassée comme fasciste ou populiste. Depuis quelques années, un nouveau stigmate est apparu : complotiste. Avis à tous ceux qui sont tentés de s’écarter de la pensée dominante, le soupçon de complotisme leur vaudra le peloton d’exécution médiatique, même s’ils font un million de vues sur Youtube. L’Inquisition n’est pas très loin…
Où est passé le souci de diversifier les sources, de croiser les données, de comprendre pourquoi tels ou tels phénomènes d’audience surgissent sur internet, de faire la transparence sur les liens d’intérêt et les cousinages idéologiques des experts interrogés ?
Tant que le journalisme n’aura pas compris qu’il doit revenir à ses fondamentaux plutôt que de copier-coller les communiqués des pouvoirs en place et de diffuser comme paroles d’évangiles les allégations de sachants triés sur le volet, il ne pourra retrouver ni la confiance du public ni même celle des annonceurs.

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