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  • Zermatt en vagabond des cimes

    26e étape - Europahütte-Pont suspendu Charles Kuonen-Täschalp-Zermatt – Lundi 6 juillet 2020

    Départ pour Zermatt en douceur, vers 8h15, en commençant par une descente en douceur en direction du tout nouveau pont suspendu - la passerelle Charles Kuonen, la plus longue du monde (494 mètres) nous assure-t-on - qui enjambe le ravin du Dorfbächli. Je la franchis juste au moment où un SMS me signale que le sol vient aussi de se dérober sous les pieds du conseiller d’Etat genevois Pierre Maudet, qui vient d’être exclu de son parti. Je préfère mon sort au sien : tant qu’à devoir marcher dans le vide, restons au moins maitre de nos choix.
    Il fait frais, le ciel se découvre et le Weisshorn apparaît dans toute sa splendeur. Le Chemin de l’Europe continue dans le prolongement d’hier, à flanc de coteau, alternant alpages couverts de fleurs, forêts de mélèzes et rhododendrons, parois de rochers vertigineuses, zones humides de torrent, montant ou descendant selon les obstacles. Je dois m’habituer: je commence à le trouver sympathique, avec ses paysages et ses décors qui changent constamment.
    Après quatre heures de sauts de mouton, l’alpage de Täschalp est en vue, au fond d’un profond vallon. Le soleil tape dur et une pause s’impose. Un torrent frais et quelques mélèzes m’offrent leur fraicheur. Je déploie mon tapis, délace mes chaussures, prends mes aises mais… gare aux fourmis! En quelques minutes je suis submergé par de farouches hyménoptères peu habitués à ce qu’un intrus vienne les déranger. Une lutte intense s’engage, dont je ressors naturellement perdant. La taille ne peut rien contre le nombre, il faut décamper.
    Le chemin revient sur la vallée de Zermatt et le Cervin se découvre enfin, en toute majesté. Après tout, c’est aussi pour lui qu’on vient et il était attendu avec impatience. Magie de l’altitude ou de la position ? Jamais il ne m’avait paru si présent, massif, hiératique, grandiose. D’habitude, il m’avait toujours paru un peu lointain, vaporeux, inatteignable, indifférent. Sa forme de pyramide presque parfaite et sa pointe légèrement tronquée qui lui donne cet élan accentuent son mystère. Tout à l'heure, sous les rayons du soleil couchant, son sommet s'allumera comme un bûcher céleste.

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  • A Herbriggen, un chemin raide à ferrer les poules

    25e étape – Saint-Nicolas-Herbriggen-Europahütte – Dimanche 5 juillet 2020

    Si l’étape d’hier a été pénible à cause d’une descente interminable - presque 2000 mètres de dénivellation – et scabreuse, l’étape d’aujourd’hui va s’avérer de loin la plus éprouvante de tout ce périple en terme de la montée. C’est moins le dénivelé, 1600 mètres tout de même, que la nature du sentier, escarpé, raidissime, hasardeux, vertigineux parfois, chauffé à blanc par le soleil la plupart du temps. Souvent, il grimpe face à la pente et il faut se mettre à quatre pattes et s’agripper aux rochers pour ne pas basculer dans le vide, en évitant de regarder en bas pour escalader des parois rocheuses qui paraissent sans fin. Plus vraiment de mon âge… A mi-parcours, je me fais devancer par un couple de jeunes Biennois qui semblent survoler tout ça d’un air léger, quoiqu’ils transpirent abondamment aussi et finiront par faire une pause un peu plus haut… Plus tard, à la cabane, ils me concéderont d’ailleurs un compliment. La jeune fille me dira qu’elle sera contente de grimper comme moi quand elle aura mon âge. Vu sous cet angle, le poids des années devient plus acceptable…
    La journée avait pourtant bien commencé, avec une heure de marche tranquille et bien au frais entre Saint-Nicolas et Herbriggen, et quelques savoureuses cerises sauvages au début de la montée.
    Mais très vite, je perds le chemin à cause de travaux d’endiguement qui labourent la forêt et j’ai de la peine à le retrouver au milieu des rochers, des troncs d’arbres et des branches de sapin coupées qui jonchent le sol. Le calvaire commence aussitôt. Les panneaux annonçaient quatre heures de marche. J’en mettrais six. Une fois sorti de la forêt, le soleil tape dur. Les barres de rochers se succèdent les unes après les autres et semblent autant de forteresses infranchissables. Le chemin taille sa voie, par des escaliers, le long d’arêtes assurées par des cordes. Les bretelles du sac, alourdi par trois litres d’eau, m’arrachent les épaules et j’ai l’impression d’être happé par le vide à chaque faux mouvement.
    C’est d’autant plus frustrant que je ne peux que m’en prendre qu’à moi-même puisque personne ne m’a imposé cette épreuve.
    A 2600 mètres, à un endroit appelé Galenberg, le sentier rejoint enfin le Chemin de l’Europe qui arrive de Grächen mais qui a été fermé à cause des éboulements et des chutes de pierre qui rendent le trajet dangereux. Un étudiant russe vivant en Allemagne achève sa pause et nous tentons quelques échanges. Il a l’air solide et bien équipé. Mais il est ambitieux car il voudrait redescendre sur Grächen avant le soir, soit un parcours de presque 40 kilomètres en un jour. Je le convaincs de descendre sur Herbriggen.

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  • Chute et bâton cassé sur le chemin de croix de Saint-Nicolas

    24e étape - Gruben – Augsborgpass – Junggu - Saint-Nicolas – Samedi 4 juillet 2020

    Sur le chemin qui monte au col d’Augsborg, pas âme qui vive. Une fois arrivé sur le haut du vallon, on dirait la Sibérie ou la planète Mars. Il faudra trois heures de bonne montée pour atteindre le col et une heure de redescente de l’autre côté avant de croiser les premiers groupes de randonneurs, accompagnés d’un guide. Soit dix personnes en huit heures.
    Couvert au départ, le ciel s’est dégagé et la vue est superbe, de part et d’autre du col. Sur le versant zermattois, les névés sont encore nombreux et je n’ose tenter une glissade sur les fesses pour gagner du temps. La fin de course dans les pierriers risque d’être rude.
    Vers 13 heures, un petit lac aux eaux cristallines m’offre son hospitalité pour la pause déjeûner. Toujours personne. Vers 13h30, j’entends des voix et aperçois des silhouettes sur le sentier qui monte de Saint-Nicolas, sur le versant sud du vallon. C’est un groupe de jeunes Romands partis de Stalden en début de matinée. Un autre groupe et quelques randonneurs individuels les suivent de près. Plutôt de prendre sur la gauche en direction de Törbel et Embd, je me dirige sur la droite à travers des pierriers et des névés qui mènent au belvédère du Mont Twära qui offre un superbe point de vue sur la vallée de la Viège et les alpes haut-valaisannes. De l’autre côté, il s’élargit pour emprunter une sorte de voie romaine faite de grandes dalles planes, qui semble mener jusqu’au Weisshorn. Mais l’illusion ne dure pas. Très vite le sentier plonge dans la vallée, redevient escarpé et descend interminablement à travers alpages et forêts. Après deux heures, on atteint le hameau de Jungu, relié à Saint-Nicolas par un petit téléphérique.
    Il fait chaud, le soleil tape dur et je m’offre quelques sorbets à la buvette avant d’attaquer les 800 derniers mètres de dénivelé. Le chemin est rude, la chaleur et la fatigue intenses, et le moral en berne. Après dix minutes de marche seulement, mon pied heurte une pierre et je m’étale de tout mon long sur les cailloux : rien de cassé, quelques égratignures à une jambe. Mais un des bâtons s’est brisé net dans la chute. Il va falloir descendre le reste du chemin avec un seul bâton, en tenant les débris de l’autre à la main, tandis que les cabines du téléphérique à moitié vides se dandinent à quelques dizaines de mètres...
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